La Libre Pensée du Bas-Rhin
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6 janvier 2014
Hervé GOURVITCH

Drusenheim : village catholique d’Alsace ou commune de la République ? Ou comment FR3 Alsace fête la Nativité.

Les faits

Depuis le lundi 9 décembre 2013, des posters géants représentant la Nativité sont apposés sur la façade de l’école Jacques Gachot de Drusenheim ainsi que sur les murs de l’église attenante. Aucune indication ne présente ces placards comme une exposition artistique et le fait que deux d’entre eux sont affichés sur les murs de l’église souligne au contraire leur caractère religieux et prosélyte. Un parent d’élève a informé la fédération du Bas-Rhin de la Libre Pensée, qui a contacté l’Inspection d‘Académie du Bas Rhin ; cette dernière a répondu qu’elle n’était pas à l’origine de cette manifestation. Par la suite, l’Inspection d’Académie a déclaré, selon les DNA du 11 décembre : « en Alsace, il n’y avait pas lieu de s’émouvoir de ces affiches. Il y a des croix dans les salles de classe, des cours de religion. C’est le droit local ».

L’exposition est organisée par les « Noëlies », une initiative conjointe du Conseil Régional, de l’Église Catholique et de l’Union des Églises Protestantes d’Alsace, dans le but de proposer « des concerts et des animations sur l’ensemble du territoire alsacien durant la période de l’Avent ». Les Noëlies s’attachent à défendre « des valeurs d’échange et de partage liées aux traditions de Noël en Alsace ».

La Libre Pensée a demandé audience au maire de Drusenheim, puis devant son absence de réponse, lui envoyé une mise en demeure de retirer cette exposition : des citoyens de la commune peuvent se sentir atteints dans leur liberté de conscience, parce que cet affichage impose à leurs enfants une représentation religieuse qu’ils ne partagent pas et porte atteinte à la neutralité de l’école publique.

Comment FR3 Alsace traite le sujet

Le lundi 23 décembre, la polémique sur cet affichage était au sommaire du 19/20 h de FR3 Alsace. Le moins qu’on puisse dire est que la présentation du sujet était déséquilibrée : un interviewé contre l’affichage et quatre pour. Se sont exprimés pour, Monsieur le Maire, pour qui « cet affichage a lieu sur la place de l’église, autour de l’école », une habitante « que ça ne dérange pas », un autre habitant qui a déclaré « nous sommes catholiques, nous sommes un village catholique » et le curé qui a fait semblant de croire que les opposants à l’affichage demandent la suppression de tout signe religieux partout, y compris un calvaire et la cloche de l’église. Contre l’affichage, FR3 a donné la parole au parent d’élève, qui a appelé au respect du Code de l’Éducation et de la neutralité de l’École Publique, mais qui a été traité de « parangon de la laïcité » par le journaliste que cette affaire semblait beaucoup amuser.

Quelques réflexions

Que des citoyens de religion chrétienne ne soient pas dérangés par ces représentations n’a rien d’étonnant. Que le curé croie, ou fasse semblant de croire, que les laïques veulent retirer tous les symboles religieux de l’espace public, cela montre qu’il aurait bien besoin lui aussi de la formation à la laïcité, que certains voudraient imposer aux imams.
Ce qui est dérangeant, et même inacceptable, c’est que ces représentations religieuses soient apposées sur les murs de l’école publique, qui est fréquentée par tous les enfants, quelles que soient les opinions religieuses ou philosophiques de leur famille. Il est vrai que l’enseignement de la religion est prévu à l’école dans notre département, en application de la Loi Falloux, mais les parents peuvent en faire dispenser leurs enfants. Et les textes de la Loi Falloux, non plus que le Concordat et les Articles Organiques n’autorisent pas n’importe quoi.

De même, les Noëlies, initiative conjointe de la Région Alsace et des Églises Catholique et Protestantes, sont une atteinte à la neutralité des institutions publiques. Les traditions soi-disant culturelles, au nom desquelles ces animations sont organisées, ne servent qu’à masquer leur caractère religieux.

Non, il n’y a pas de village catholique dans la République, à laquelle les Alsaciens sont attachés, comme l’a montré leur rejet du projet régionaliste et identitaire de Collectivité Unique d’Alsace au référendum du 7 avril 2013.

Le dialogue interreligieux est-il d’utilité publique ?

Le même soir, FR3 faisait la promotion du dialogue interreligieux. Le sujet suivant se passait dans les locaux du Conseil Régional d’Alsace, où se tenait une rencontre interreligieuse entre « des chrétiens, des juifs des musulmans et des bouddhistes » sous le patronage du président de la Région Alsace, M. Philippe Richert. Le commentaire soulignait que c’était une spécificité permise par la législation locale. Le thème était « Les jeunes et la spiritualité » et la chaine publique a donné la parole à M. Richert, puis à une jeune fille, volontaire des rencontres de Taizé, puis au Président du Consistoire Israélite, qui se félicitait de la tenue de ces rencontres à Strasbourg.

Il suffit d’interroger des personnes nées avant 1960 pour qu’elles rappellent l’intolérance religieuse qui régnait et la division systématique de la population en villages ou cantons catholiques et protestants. Les mêmes sont aujourd’hui convertis au dialogue et sont prêt à l’étendre aux musulmans, aux juifs, aux bouddhistes. Grand bien leur fasse ! On ne peut quand même pas s’interdire de penser que tous ces religieux se regroupent, les uns parce qu’ils sont en perte de vitesse dans la population, les autres parce qu’ils espèrent un strapontin au banquet d’un concordat rénové et adapté.

Ce qui pose problème, c’est l’attitude des élus de différents bords, qui remplacent la République une et indivisible, dans laquelle tous les citoyens sont égaux, quelles que soient leurs opinions, par un dialogue intercommunautaire. Ce dialogue, qu’il soit sincère ou intéressé, marginalise dans l’espace public les citoyens sans religion, incroyants, agnostiques, athées ou indifférents. Même si on les invite à participer à ce dialogue, cette invitation est purement formelle, car les citoyens non religieux, par définition, ne sont pas organisés en communautés.

Et il ne s’agit pas seulement d’une attitude politique sans conséquences concrètes, car au budget prévu par le Concordat s’ajoutent une multitude de prébendes, soutiens financiers et aides matérielles des collectivités territoriales.

Reconnaitre les communautés religieuses, leur donner une place officielle dans l’espace public, c’est faire payer des contribuables pour des idées qui leurs sont étrangères, indifférentes ou qu’ils rejettent, c’est nier l’égalité des citoyens devant la loi.

C’est au contraire la séparation des Églises et de l’État, telle que l’a formalisée la Loi de 1905 qui permet à tous les citoyens d’être égaux devant la loi, quelles que soient leurs opinions philosophiques ou religieuses.


Hervé Gourvitch